Faux-Semblants par David Cronenberg

En attendant Halloween, je vous propose de vous parler d’un film de 1988 qui n’a pas pris une ride, que j’ai découvert l’hiver dernier et qui va vous faire dresser le poil sur tout le corps ! j’ai nommé Faux-Semblants de David Cronenberg (le fameux). Il s’agit d’un drame au bord de la schizophrénie avec en vedette le génialissime Jeremy Irons, basé sur le roman Twins de Bari Wood et Jack Geasland. Lui-même inspiré d’une histoire vraie terrible ayant défrayé la chronique dans les 70’s.

SYNOPSIS : « Beverly et Elliot Mantle sont de « vrais » jumeaux. Tous deux gynécologues renommés, ils partagent le même appartement et les mêmes femmes. Leur dernière conquête, une actrice célèbre et torturée va créer une dissonance dans leur entente. Ce désaccord rompt leur équilibre mental et ils deviennent les victimes du lien surnaturel qui les unit… » (Source : ici)

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Si vous connaissez un peu l’univers de Davis Cronenberg, vous savez déjà que l’œuvre générale de ce réalisateur est empreinte littéralement du thème du corps, de l’organique, dans une ambiance souvent fantastique. Mais là où il s’agit d’une grande première pour Cronenberg c’est que ce film possède extrêmement peu d’effets spéciaux, mis à part l’excellent rendu de la performance de l’acteur Jeremy Irons qui joue tour à tour chacun des jumeaux. Ici, nous sommes plus du côté du drame psychologique et de la folie plutôt que du fantastique. Et l’horreur de l’histoire est le plus souvent suggérée, bien que de monstrueux instruments chirurgicaux soient au cœur du dénouement.

Jeremy Irons est tout simplement bluffant dans le rôle de ces jumeaux qui sont identiques physiquement mais ont des caractères opposés. Elliot Mantle est extraverti, charmeur et ambitieux, Beverly a quand à lui un caractère plus « féminin » (à noter aussi son prénom mixte) en étant plus discret, sérieux et raisonnable. Il arrive parfois qu’ils soient difficilement reconnaissable, y compris pour nous spectateurs, cependant même sans le rappel de leurs prénoms certains petits détails nous permettent de les différencier (les lunettes de Bervely, leurs regards, les manteaux…). Toute fois, certains passages restent très flous, d’autant plus que les jumeaux aiment à se faire passer souvent l’un pour l’autre.

L’on se trouve en fait quelque part entre la skyzophrénie lorsqu’ils s’imitent et se remplacent mutuellement et l’« anti-skyzophrénie » car paradoxalement, c’est au moment où ces jumeaux arrivent à se séparer qu’ils deviennent irrémédiablement fusionnels et ne font plus qu’un. Leur relation de dépendance est à la fois totale et tragique.

De plus, leurs personnalités sont doublement doubles (je vous ai perdus là, non ?). Elliot mène la danse dans ce couple étrange, il parait le plus « fort » des deux, le plus social, extraverti et à l’aise. Mais au final, c’est lui qui semble avoir le plus besoin de son frère Beverly, pourtant plus docile, qui a essayé de s’émanciper par l’amour, sans toute fois y parvenir.

Ce film fonctionne comme une tragédie. Si à un moment l’on a l’impression qu’ils pourraient s’en sortir en faisant des choix opposés (Beverly en suivant son amour, Elliot en acceptant un nouveau travail) c’est hélas impossible. Ils ne peuvent ni se séparer ni ne pas se ressembler et suivre le même chemin. Il faut donc que cela se finisse mal, c’est inévitable, car leurs choix les enlisent dans des situations dont-ils ne pourront plus sortir, en s’imitant et se suivant l’un l’autre dans la déchéance.

A noter aussi quelques passages très intéressants à mettre en parallèle, ceux des appels téléphoniques de Berverly à l’actrice Claire Niveau (l’élément déclencheur du drame) dont il est tombé amoureux, où la question « qui est-ce ? » sonne comme un leitmotiv. Cette question qui ponctue le film est terriblement forte de sens car double (et oui, elle aussi !). Elle signifie à la fois « qui appelle ? » et « lequel des jumeaux ? ». Ils semblent donc fatalement indissociables.

Ce film est terriblement captivant et bien que durant plus de deux heures je n‘ai ressenti aucun ennui en le regardant. Bien au contraire, tout comme les frères s‘enlisent dans la drogue, le spectateur est comme captivé et happé irrésistiblement par l’histoire sans envie de s’en émanciper, jusqu’à la toute fin du film. C’est en tout cas comme cela que j’ai vécu mon premier visionnage de Faux-Semblants.

C’est aussi un film très dur par moment. A la fois psychologiquement et par les images notamment lors de la conception et de l’utilisation des nouveaux « instruments » gynécologiques par Beverly. Qui se révèleront être de vrais instruments de torture se présentant tels des griffes acérées. De quoi avoir l’impression d’être projeté dans le film Alien !

Je n’en dirai pas plus pour ceux qui n’auraient pas encore vu ce film de 1988, mais je ne peux que vous conseiller de vous jeter dessus si je n’ai déjà fait. Il est tout simplement génial et le casting est particulièrement bien réussi. Et il aurait été dommage de passer à côté du fameux Jeremy Irons, alors qu’une trentaine d’acteurs avaient été sollicités pour ce rôle et que lui-même l’avait tout d’abord refusé ! Il n’est pas si facile d’interpréter les deux faces de la folie…

DISTRIBUTION : – Jeremy Irons : Beverly Mantle / Elliot Mantle – Geneviève Bujold : Claire Niveau – Stephen Lack : Anders Wolleck – Heidi Von Palleske : Cary – Barbara Gordon : Danuta – Shirley Douglas : Laura – Nick Nichols : Leo – Lynn Cormack : Arlene – Jonathan Haley : Beverly, 9 ans – Nicolas Haley : Elliot, 9 ans

Et pour continuer dans le drame gore et psychologique, je ne peux que vous conseille – en plus de continuer à piocher dans le répertoire de David Cronenberg – d’aller voir du côté de son fils Brandon et du génialissime Antiviral sorti sur les écrans l’année dernière. Tout à fait flippant !

Carnet Féminin

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