Un joyeux réveillon avec La Princesse Printemps, par César Aira

Bonjour à tous ! Je vous souhaite par avance un joyeux réveillon par cette heure matinale et j’en profite pour vous parler d’un presque conte de Noël…

LA PRINCESSE PRINTEMPS, CÉSAR AIRA

La princesse printemps, César Aira, Ed.Michel Lafon, Coll. Actes Sud, 2010.

Résumé : La Princesse Printemps règne sur une île paradisiaque et minuscule, au large du Panama. Jeune, belle et célibataire, elle mène une existence austère dans un palais de marbre blanc avec vue sur la mer. Pour subvenir à ses modestes besoins, elle traduit avec constance des romans médiocres, publiés sous le manteau par des éditeurs pirates. Mais un jour, un nuage de mauvais augure apparaît à l’horizon : il annonce un vaisseau noir hérissé de canons venu menacer la quiète solitude de la discrète altesse…

Ce conte de fées surréaliste, à la fois roman d’aventures et manifeste poétique, est un hommage exubérant aux pouvoirs subversifs et monstrueux de l’imaginaire.

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Pour tout vous avouer, l’entré en matière a été assez difficile pour ma part… Il m’a fallu lire plus d’une vingtaine de pages de ce roman avant de comprendre ce qu’il avait de merveilleux. Il semble en effet au premier abord que Princesse Printemps soit une princesse des temps modernes, qui travaille en temps que traductrice de « romans de gare » pour survivre. Ce qui est tout de même peu commun.

« Traduire bien lui était plus facile que traduire mal : pour traduire mal, elle aurait dû se mettre à penser, alors que pour traduire bien, elle n’avait qu’à laisser courir sa plume. »

Avec ce roman, César Aira signe ses adieux à la traduction d’œuvres populaires et classiques, qu’il a exercé pendant plus de trente, dans une sorte d’essai sur le métier de traducteur. (Notons que ce professeur, journaliste et romancier argentin a traduit l’excellentissime bande dessinée Maus d’Art Spiegelman).

« D’un certain point de vue, c’étaient eux (les lecteurs d’arlequins et de « littérature de gare ») qui montraient l’amour le plus sincère pour la lecture, car ceux qui lisaient des classiques ou de la bonne littérature avaient en général une idée derrière la tête, par exemple d’écrire, ou de devenir professeurs, ou bien critiques, ou en tout cas des gens cultivés. Lire cette littérature banale impliquait en revanche un plaisir sans calcul. Pour s’en satisfaire, il ne fallait pas être très intelligent ni très cultivé ; d’où une bizarrerie, car cette classe de public primaire disposait de passe-temps plus modernes et encore plus accessibles. »

Mais très vite, dès la seconde partie du roman, l’histoire s’emballe. Un vaisseau de guerre apparaît avec à son bord le pire ennemi de Princesse Printemps, Général Hiver, ainsi que son acolyte Arbre de Noël (qui est littéralement un sapin en plastique !). Puis font leur apparition les Glaces Parlantes kamikaze (qui ne sont ni plus ni moins que des cônes de crème glacée), le beau et courageux Picnic qui fera office de prince presque charmant, ainsi que nombres de personnages plus exubérant les uns que les autres. Le conte peut alors réellement commencer, mêlant ironie, philosophie et essai littéraire. En somme un savant mélange inattendu, détonnant et hilarant !

« On pouvait tout craindre de [cette glace] ! Dans son désespoir de condamnée (ses heures étaient comptées : au lever du soleil, elle se désintègrerait irrémédiablement), elle était capable du pire. Imbue de la cruauté de son créateur (…) elle haïssait la Princesse et, les jeux étant faits, elle se battrait jusqu’à la mort, elle n’avait pus rien à perdre, elle allait se faire Glace Kamikaze. »

« La terreur le saisit (le Général Hiver), mais, quand il vit de près tout cet armement sophistiqué, les véhicules à coussins d’air, les tentes en plastique translucide à air conditionné, les antennes paraboliques, le titane, les rayons laser, il se rasséréna : toute cette technologie était trop moderne pour que ses maîtres puissent avoir sérieusement l’intention de faire du mal à un être aussi anachronique, aussi insignifiant que lui. »

Je conseille vivement la lecture de ce court roman désopilant et à l’imaginaire sans limites aux amateurs de non-sens et de contes surréalistes ! Aux lecteurs d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll, notamment.

Carnet Féminin

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