Family Life par Ken Loach – 1971

Aujourd’hui j’ai envie de vous parler d’un film découvert il y a quelques années et qui m’est revenu en mémoire ces derniers jours. Il s’agit de Family Life, le troisième long métrage du réalisateur Ken Loach et qui aborde le lourd sujet de l’aliénation sociale et de la non acceptation du « penser différent ». Ceci au travers de la descente aux enfers d’une adolescente perdue entre son héritage culturel et l’évolution de la société. Et comme cela fait bien longtemps que je ne vous ai pas parlé cinéma, sans plus attendre voici un aperçu.

Synopsis : « La vie est devenue insupportable pour Janice, brimée par des parents qui l’étouffent et la forcent à subir un avortement. Seules l’amitié de Tim et la thérapie novatrice du docteur Donaldson laissent entrevoir l’espoir d’une guérison. Pourtant, l’incompréhension du milieu familial et les pratiques de la psychiatrie traditionnelle prennent le dessus et Janice sombre peu à peu dans la schizophrénie. »

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Ce film anglais de 1971 arrive en plein boom de la dénonciation de la psychiatrie, telle qu’elle est pratiquée à l’époque, ainsi que de la tenue des hôpitaux psychiatriques. Ce qui fut appelé l’antipsychiatrie dans les années 1960 – 1970. Et il est devenu rapidement, en quelques années, l’un des films cultes du genre.

L’axe principal de Family Life est la séparation.. Celle-ci est double, elle représente à la fois la séparation banale d’une jeune fille et ses parents qui doivent apprendre à couper le cordon. Ainsi que la séparation générationnelle entre deux façons de vivre et de penser différentes et absolument dissociables, sans espoir de pouvoir créer un jour un lien quelconque, qui conduis Janice à être internée à la demande de ses parents.

Cependant l’objet réel de ce film, plus que d’aborder le thème des hôpitaux psychiatriques, est de mettre en lumière et de faire comprendre que c’est la Famille qui est aliénante avant tout, comme le signifie le titre. Autrement dit, ce n’est pas Janice ni les gens autour d’elle qui sont aliénés, mais le monde dans lequel ils évoluent.

La folie est aussi ici illustrée de façon double. Elle représente à la fois l’idée de ne pas se conformer à une norme imposée, ce qui implique qu’est qualifiée de folle une personne marginale qui sort des « clous » normés imposés par une société donnée. Mais elle représente aussi l’idée de se conforter aveuglement à cette même norme imposée sans jamais la remettre en question et en condamnant ses détracteurs. Ainsi, si Janice est folle, ses parents le sont tout autant. Ce n’est pas cette jeune fille qui choisie de faires ses propres choix et expériences qui est aliénée, mais c’est la société tout entière et qui refuse un éléments différent tout autant qu’un choix personnel qui est malade.

Family Life a une forme peu conventionnelle, entre une trame décousue sur une ligne de temps chaotique et une ligne directrice proche du documentaire. Cela ne se pratique quasiment plus à l’heure actuelle, en tout cas en France.

La première partie du film n’est pas linéaire. Elle pourrait s’apparenter à l’impression que laisse le film Mémento pour ceux et celles qui connaissent, tant la ligne de temps est perturbée de flashbacks, d’ellipses (l’avortement de Janice est par exemple passé sous silence alors qu’il est au cœur du « problème ») auxquels s’ajoutent quelques longueurs.

Néanmoins cette première partie reste compréhensible. J’ai trouvé que même avec une trame de fond d’apparence floue – mais pas si dérangeant pour le spectateur –, des éléments de repère étaient assez présents pour ne pas perdre le fil. D’autant que la seconde partie du film construite comme un documentaire vient « rattacher les wagons ». Elle met en lumière l’échec de la psychiatrie « à la Charcot » dans ses résultats, ainsi que celui d’un programme d’aide novateur dans sa reconnaissance par la médecine conservatrice. Ce qui donne un rendu à fois très réaliste, assez fataliste et fort. Pour exemple, Grace Cave ne « joue » pas vraiment le personnage de la mère de Janice. Cette femme a été recrutée pour ce film lord d’une réunion d’un parti conformiste, elle est donc certainement profondément convaincu par ce qu’elle fait dire à son personnage. Et cela est tout à fait dérangeant.

Ses deux Leitmotivs principaux sont de dire de sa fille que « elle est malade », mais aussi de lui dire « je sais ce qui est bon pour toi ». Cependant, l’opposition entre ces deux notions (l’éducation que la mère ne veut/peut pas penser autrement car présentée comme la meilleure, ainsi que l’échec de celle-ci révélée par la maladie psychiatrique de l’enfant) démontre bien l’échec de la pensée dominante du moment. La nouvelle génération est totalement incomprise et perdue. Ainsi tout le monde parle de la protagoniste à la troisième personne comme si elle n’était pas là, car elle ne correspond pas à l’idée que ses parents se font d’elle.

Je pense que ce film est hélas par côtés toujours d’actualité. La rupture entre parents et enfants et les problèmes intergénérationnels qu’ils supposent, ainsi que le manque de moyens donnés à la psychiatrie pour pouvoir encadrer et soigner vraiment ses patients, me font échos. Il me semble que nous ne sommes pas si loin de cette époque où un programme novateur spécialement dédié à la réinsertion des malades mentaux – ou du moins ceux que la société voit comme tels – est annihiler par le manque de moyens ainsi que par le raisonnement conservateur de vouloir « guérir à tout prix » du monde médical. La marginalité et l’originalité, la non-conventionalité et la personnalité ne sont pas des maladies que l’on peut éteindre avec des cachets et encore moins des électrochocs. Alors peut-on encore espérer d’un résultat qui ne sera pas vain ?

Distribution :

  • Sandy Ratcliff : Janice Baildon
  • Grace Cave : Madame Vera Baildon
  • Bill Dean : Monsieur Baildon
  • Malcolm Tierney : Tim Foster
  • Hilary Martyn : Barbara
  • Michael Ridall : le docteur Donaldson
  • Alan MacNaughtan : le docteur Carswell
  • Johnny Gee : Paul Morris, l’homme du jardon de l’hôpital

Carnet Féminin

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